Analyse du rapport du MDDELCC (Avril 2016)

Fortress Cellulose Spécialisée (FCS), Thurso

Caractérisation de l’air ambiant

Analyse du rapport du MDDELCC (Avril 2016)

 

 

La Direction régionale de l’Outaouais du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) a mandaté le Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec (CEAEQ) du Ministère afin d’effectuer une caractérisation exhaustive de l’air ambiant à Thurso, afin de documenter la problématique d’odeurs perçues dans la ville. La caractérisation de l’air a été réalisée en perspective des contaminants atmosphériques de Fortress Cellulose Spécialisée (FCS). À cet effet, le MDDELCC a soumis un rapport Caractérisation de l’air ambiant. Juillet à septembre 2015, 6 avril 2016.

 

Notre expertise vise à évaluer la portée pratique d’une telle initiative, en regard des techniques d’échantillonnage mises de l’avant par le MDDELCC, de l’importance de la contamination potentielle en fonction des différents produits chimiques investigués et leur impact potentiel sur la santé humaine. Puisque la question particulière du dépassement des normes du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA) est également abordée dans le rapport du MDDELCC, cet aspect retient également notre attention.

             

SOMMAIRE

 

Au cours de la période de juillet à septembre 2015, le MDDELCC a effectué une caractérisation exhaustive de l’air ambiant à Thurso afin de documenter la problématique d’odeurs perçues dans la ville. La caractérisation de l’air a été réalisée à partir du laboratoire mobile TAGA (Trace Atmospheric Gaz Analyser). Plusieurs contaminants chimiques ont été échantillonnés : le dioxyde de soufre (SO2), les composés sulfurés réduits totaux (SRT), le sulfure de diméthyle (DMS), le sulfure d’hydrogène (H2S), les oxydes d’azote (NOx), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAPs), les particules totales (PST) et de moins  de 2,5 µm (PM2.5), l’ammoniac, le chloroforme, les aldéhydes et les composés organiques volatils (COV).

 

Selon le MDDELCC, on observe dans certaines circonstances des dépassements de la norme pour le sulfure d’hydrogène (H2S) et du critère provisoire pour le sulfure de diméthyle (DMS). Le MDDELCC considère qu’il y a une association entre l’intensité des odeurs perçues et les concentrations de composés sulfurés réduits totaux (SRT) mesurées à des sites particuliers. Selon le MDDELCC, il appert que les sources principales d’odeurs sulfurées sont la fabrique de pâtes et papiers et les bassins de traitement des eaux usées de Fortress.

 

La campagne d’échantillonnage réalisée avec le laboratoire TAGA a permis de documenter la présence de certains contaminants gazeux de type « soufrés » dans l’air ambiant de la municipalité de Thurso. Cependant, les résultats de l’échantillonnage réalisé à partir du laboratoire mobile ne peuvent être utilisés pour évaluer la conformité aux normes. De fait, à cet égard, il faut référer aux guides d’échantillonnage élaborés dans le « Cahier 4 » du MDDELCC.

 

La fabrique de pâtes et papiers et le traitement des eaux (effluents de Fortress et eaux usées de la municipalité de Thurso) constituent une source d’émission de produits soufrés, ce qui fait d’ailleurs l’objet d’un monitoring continu par l’entreprise. En fonction des résultats de l’échantillonnage soumis par le MDDELCC pour le H2S, on observe quatre dépassements (6 ppb, 7 ppb, 8 ppb, 8 ppb) de la norme fixée à 4,3 ppb (4 minutes), norme établie afin de prévenir les désagréments liés aux odeurs. Selon le MDDELCC, le critère santé (concentration sans effet nocif par inhalation) serait de l’ordre de 50,2 ppb.

 

La campagne d’échantillonnage réalisée par le MDDELCC a permis de caractériser la présence d’odeurs de type « soufrés » dans la municipalité de Thurso, dans la période de juillet à septembre 2015. L’analyse comparative des niveaux détectés particulièrement pour le H2S par le laboratoire TAGA et des critères retenus par des organisations internationales telles que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’United States - Environmental Protection Agency (U.S. EPA), permet de conclure que les niveaux détectés demeurent au niveau du seuil olfactif et sont bien en deçà des niveaux pouvant induire des problèmes de santé chez les personnes possiblement exposées.

             

ABRÉVIATIONS

 

BTEX :

Benzène, toluène, éthylebenzène, xylène

CEAEQ :

Centre d’expertise en analyse environnementale du Québec

COV :

Composés organiques volatils

DMS :

Sulfure de diméthyle

DSP :

Direction de santé publique

EPA-CAL :

Environmental Protection Agency de la Californie

FCS :

Fortress Cellulose Spécialisée

HAPs :

Hydrocarbures aromatiques polycycliques

H2S :

Sulfure d’hydrogène

IQA :

Indice de la qualité de l’air

LARA :

Laboratoire d’analyse de rejets atmosphériques

LEAE :

Laboratoire d’expertise en analyse environnementale

MDDELCC :

Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques

MDDEP :

Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs

NOx :

Oxyde d’azote

OMS :

Organisation mondiale de la Santé

PM2.5 :

Poussières fines < 2,5 µm 

ppb :

Partie par milliard

PST :

Poussières totales

RAA :

Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère

SO2 :

Dioxide de soufre

SRT :

Composés sulfurés réduits totaux

TAGA :

Trace Atmospheric Gas Analyser

ug/m3 :

Microgramme par mètre cube

U.S. EPA :

United States - Environmental Protection Agency


 

I-             LE RAPPORT DU MDDELCC : SYNTHÈSE

[1]               Le 6 avril 2016, le CEAEQ, Direction régionale de l’Outaouais, soumettait le rapport Fortress Cellulose Spécialisée (FCS), Thurso (MDDELCC, rapport, 6 avril 2016). Ce rapport fait état d’une campagne d’échantillonnage du MDDELCC afin d’effectuer une caractérisation de l’air ambiant de Thurso en mobilisant le laboratoire mobile TAGA.

 

[2]               La campagne d’échantillonnage a été mise en place afin de quantifier certains contaminants dans l’air ambiant : le dioxyde de soufre (SO2), les composés sulfurés réduits totaux (SRT), le sulfure de diméthyle (DMS), le sulfure d’hydrogène (H2S), les oxydes d’azote (NOx), les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAPs), les particules totales (PST) et de moins  de 2,5 µm (PM2.5), l’ammoniac, le chloroforme, les aldéhydes et les composés organiques volatils (COV), de les relier aux odeurs perçues et d’évaluer la contribution de l’entreprise Fortress à l’augmentation de la concentration de ces contaminants.

 

[3]               Les principales conclusions émises par le MDDELCC, suite aux résultats obtenus par la campagne d’échantillonnage se résument comme suit :

a)        on mesure de faibles concentrations de dioxyde de soufre (SO2) dans l’air ambiant de la ville de Thurso;

 

b)        on observe la présence de quantité variable de composés sulfurés réduits totaux (SRT);

 

c)         on observe une association entre les concentrations de SRT avec l’intensité et la particularité des odeurs perçues (fiches d’évaluation d’odeurs);

 

d)        on observe une concentration plus importante des SRT dans les secteurs résidentiels à proximité de Fortress;

e)        on observe des dépassements réels des normes et des critères québécois de la qualité de l’atmosphère pour les analyses de sulfure d’hydrogène (H2S) et de sulfure de diméthyle (DMS);

 

f)          on observe des dépassements de la norme H2S, en majorité en aval des bassins de décantation et de traitements des effluents;

 

g)        on observe un seul dépassement de la norme H2S en aval de la fabrique de pâtes et papiers;

 

h)        la plus forte concentration de SRT où des dépassements de la norme H2S et du critère provisoire du DMS ont été mesurés dans la nuit du 23 au 24 septembre, alors que le TAGA était en aval de la fabrique de pâtes et papiers, ce qui a été caractérisé par l’épisode d’odeurs la plus intense et désagréable;

 

i)          on observe de basses concentrations d’ammoniac dans l’air ambiant de la ville de Thurso;

 

j)          on observe différents contaminants dans l’air ambiant de la ville de Thurso (SRT, H2S, DMS, ammoniac) lorsque les vents proviennent du sud-ouest et du nord-ouest, donc sous l’influence des installations de Fortress;

 

k)         on observe de faibles concentrations d’oxyde d’azote (NOx) et d’HAPs dans l’air ambiant de la ville de Thurso;

 

l)          on observe plusieurs concentrations de dépassements potentiels de la norme pour les poussières (PST et PM2.5) en lien avec le camionnage sur le site de l’entreprise;

 

m)      on observe la présence de chloroforme, de façon sporadique, dans l’air ambiant, en aval de la fabrique de pâtes et papiers;

 

n)        on observe de faibles concentrations d’aldéhydes dans l’air ambiant;

 

o)        on observe de très faibles concentrations de benzène, de toluène, d’éthylebenzène et de xylène (BTEX) dans l’air ambiant avec le TAGA et sous la limite de détection à partir des stations d’échantillonnage (canister);

 

p)        on observe que les sources principales des odeurs sont la fabrique de pâtes et papiers et les bassins de traitement des eaux usées de Fortress.

 

             

II-          LA PROBLÉMATIQUE

[4]               Selon le MDDELCC, la nécessité de la campagne d’échantillonnage repose sur son analyse des données de H2S de la station rue Chartrand de l’usine Fortress (MDDELCC, avril 2015; MDDELCC, février 2016), en référence aux normes à l’annexe K du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (Gouvernement du Québec, RAA, juin 2011), et complété par un avis de la Direction de santé publique (DSP de l’Outaouais, mai 2015).

 

[5]               Selon le MDDELCC, il appert que son analyse des résultats de H2S, obtenus à la station rue Chartrand de l’usine Fortress, indique des dépassements récurrents de la norme H2S, établie à 6 ug/m3 (4,3 ppb) sur 4 minutes dans l’air ambiant.

 

[6]               Dans son rapport de mai 2015, la DSP de l’Outaouais s’est prononcée sur les effets du H2S, en référence aux résultats soumis par le MDDELCC dans son rapport du 21 avril 2015. On y note que la DSP a été informée de la venue imminente du laboratoire mobile TAGA à Thurso afin de mesurer divers contaminants chimiques dans l’air ambiant. La DSP souligne son intérêt à faire le suivi du dossier et de compléter son avis en fonction des données nouvelles qui pourraient être ultérieurement disponibles.

             

III-         NOTRE ANALYSE

[7]               Au tableau 10 (p. 28) du rapport du MDDELCC, on trouve une synthèse des normes québécoises du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA), ainsi que les critères provisoires pour deux composés, soit le DMS et les SRT. Ces normes ou critères sont parfois définis en fonction des effets potentiels sur la santé et parfois, afin de prévenir les nuisances dues aux odeurs. Le critère pour le DMS à 8 ug/m3, pour une période de 4 minutes, a été fixé afin de prévenir les odeurs. Le critère pour les SRT, pour une période d’une année, a été fixé afin de prévenir les effets potentiels sur la santé. Il en est de même pour la norme du H2S, fixée à 6 ug/m3 pour 4 minutes (critère odeur) et de 2 ug/m3 pour une année (critère santé).

Les critères ou normes établis pour 4 minutes réfèrent habituellement au « maximum des concentrations moyennes sur 4 minutes observées au cours d’une heure donnée », tel que défini dans la méthode de calcul de l’indice de la qualité de l’air (IQA) du MDDELCC (MDDELCC, Cadre d’application et de détermination, mai 2002; MDDELCC, Méthode de détermination, mai 2002; MDDELCC, Fiches synthèses, mai 2002).

 

[8]               Selon le MDDELCC, une importance plus grande est accordée à un dépassement d’un critère « santé » par rapport à un dépassement d’un critère « odeur » (MDDELCC, Cadre d’application et de détermination, mai 2002).

 

[9]               Selon le RAA, l’échantillonnage des émissions dans l’atmosphère requis pour assurer l’application du présent règlement doit être effectué selon les méthodes de référence prescrites au Cahier no 4 du Guide d’échantillonnage à des fins d’analyses environnementales, publié par le CEAEQ du ministère du Développement Durable, de l’Environnement et des Parcs (Gouvernement du Québec, RAA, Article 198, juin 2011). [10] Le CEAEQ du MDDELCC possède trois véhicules spécialisés pour les analyses environnementales (Voir site internet du MDDELCC), soit le TAGA (Analyseur de gaz atmosphérique à l’état de traces), le LEAE (Laboratoire d’expertise en analyse environnementale) et le LARA (Laboratoire d’analyse de rejets atmosphériques).

 

[11]           Le MDDELCC définit les caractéristiques de chaque laboratoire mobile de la façon suivante :

§  TAGA :       est un laboratoire mobile, à la fine pointe de la technologie, qui

permet d’agir avec rapidité et précision lors des urgences environnementales; il constitue un outil technologique d’analyse environnementale de première ligne.

Entre deux urgences, il permet de surveiller les émissions atmosphériques provenant d’activités industrielles, caractériser chimiquement les odeurs, évaluer l’impact de projets sur la qualité de l’air, retracer précisément une source d’émission, ou encore pour constituer une preuve légale lorsque des produits dommageables pour l’environnement sont rejetés dans l’air.

 

 

§  LEAE :         est       un        laboratoire     mobile            dédié   à          la         caractérisation

environnementale. Il est utilisé dans divers projets d’échantillonnage et d’analyse in situ, ainsi que pour évaluer la qualité de l’environnement (air, eau, sol, matières dangereuses, effluents, etc.).

Le LEAE peut être utilisé lors d’une urgence environnementale pour procéder à la caractérisation du milieu et contribuer au suivi environnemental exigé par la nature de l’événement.

§  LARA :        est un laboratoire mobile d’analyse des rejets atmosphériques,

opéré par une équipe spécialisée d’échantillonnage des émissions en provenance de sources fixes. Ainsi, le CEACQ est en mesure de réaliser des projets de vérification de la conformité environnementale par rapport aux lois et règlements en vigueur dans les secteurs industriels, notamment dans le secteur des « pâtes et papiers ». L’échantillonnage est réalisé en respectant les recommandations du « Cahier 4 » du Guide d’échantillonnage à des fins d’analyse environnementales publié par le CEACQ, soit le MDDELCC.

 

[12]           Les résultats des analyses pour chaque contaminant prélevé lors de la campagne d’échantillonnage sont présentés aux tableaux 3 et 4 du rapport (p. 15 et 17) et complétés par une fiche d’odeurs dont le sommaire apparaît au tableau 9 (p. 25). Les commentaires suivants adressent chaque contamination évaluée et les conclusions des auteurs du rapport (p.34-35) que nous avons résumés antérieurement au point 3 (a à p) de notre expertise, en adoptant le même ordre.

 

[13]       

§  SO2 (en référence à 3 a) :  Durant la campagne d’échantillonnage de 7 journées, on dispose de 8 mesures des moyennes enregistrées pour le SO2 (1 ppb - 8 ppb). La plus haute moyenne (8 ppb) a été enregistrée au niveau de la rue Alexandre.

 

§  SRT (en référence à 3 b) : Les valeurs disponibles (n = 4) pour les moyennes varient entre 1 et 17 ppb. La valeur maximale a été enregistrée à la limite de la propriété de l’entreprise (station SRT/H2S), alors que la durée de l’échantillonnage était de 1 h 28 min (22 juillet, 17 h 43 min). Dans la même journée, au même site d’échantillonnage, pour une période équivalente

(1 h 37 min), on avait une moyenne de 3 ppb. Les SRT font l’objet d’un programme de monitoring par l’entreprise Fortress (enregistrement aux 4 minutes, en continu) à sa station d’échantillonnage.

 

§ SRT (en référence à 3 c) : Selon les analystes du MDDELCC, il y aurait une correspondance entre le niveau des odeurs perçues et la concentration mesurée lors de l’échantillonnage des SRT, étant donné l’odeur caractéristique. Le tableau suivant (E1) présente l’intensité notée par les évaluateurs experts et les concentrations moyennes observées et les concentrations maximales (en référence à T3-T4-T9 du rapport du MDDELCC).

 

Tableau E1

Fiche

Intensité notée*

Concentration moyenne

(ppb)**

Concentration maximale

(ppb)**

1

Modérée

7

16

2

Modérée - forte

6

11

3

Très faible

1

2

4

Modérée - forte

9

33

5

Faible - modérée

nd

nd

6

Imperceptible - faible

nd

2

7

Faible

nd

2

8

Imperceptible - faible

nd

nd

9

Modérée - forte

6

8

10

Modérée - forte

2

5

11

Faible - modérée

2

6

12

 

Aucune donnée 

 

13

Forte

11

42

14

Faible - forte

Aucune donnée

Aucune donnée

15

Faible - modérée

15

21

16

Faible - modérée

3

9

17

Faible - modérée

3

9

18

Forte - très forte

5

67

19

Faible - modérée

Aucune donnée

Aucune donnée

20

Faible - forte

Aucune donnée

Aucune donnée

*   Intensité notée, tableau 9

                ** Concentration SRT, tableau 3-4       nd : non détecté

Ce faisant, on peut également apprécier la corrélation entre l’intensité notée et la valeur des concentrations moyennes, ainsi que la valeur maximale des résultats de SRT, tel que présenté dans le sommaire des valeurs au tableau suivant.

 

                                                                       Tableau E2 

Intensité notée

Concentration moyenne

(ppb)

Concentration maximale

Très faible

nd

2

Faible

nd

2

Faible - modérée

nd - 15

nd - 21

Modérée - forte

2 - 9

5 - 33

Forte

5 - 11

42 - 67

 

L’intensité de l’odeur est mieux corrélée avec les extrêmes, très faible et forte, en référence aux concentrations maximales mesurées et ce n’est pas le cas pour les concentrations moyennes. De fait, il appert que l’impression de l’évaluateur est directement influencée par les valeurs extrêmes (très faible, forte).

 

§  SRT (en référence à 3 d) : Les concentrations de SRT sont plus hautes à proximité de la source (fabrique de pâtes et papiers, et traitement des effluents) et elles sont plus basses lorsqu’on s’éloigne de la source.

 

§  H2S (en référence à 3 e) : Au cours de la période d’échantillonnage, on a obtenu 33 mesures de H2S variant entre 1 et 8 ppb. Les valeurs maximales, pour un échantillonnage de 4 minutes, ont toutes été enregistrées sur le site de l’entreprise, ou à proximité. Le H2S fait l’objet d’un programme de monitoring par l’entreprise Fortress (enregistrement aux 4 minutes, en continu), à sa station d’échantillonnage.

 


§  DMS (en référence à 3 e) : On observe que les données des valeurs moyennes sont équivalentes aux valeurs maximales mesurées lors de l’échantillonnage, puisque les moyennes sont faites à partir d’une seule donnée. Tel que noté dans le rapport, la moyenne égale le maximum puisqu’elle est basée sur une seule mesure.

 

§  H2S (en référence à 3 f-g) : En référence aux données disponibles aux tableaux 3 et 4, il n’y a que quatre mesures effectuées sur une période d’au moins une heure consécutive qui dépassent la norme de 4,31 ppb sur une durée de 4 minutes.

 

§  SRT (en référence à 3 h) : Les données soumises dans les tableaux 3 et 4 quant aux concentrations de DMS ne peuvent être utilisées pour la comparaison avec le critère provisoire qui est défini pour une durée de 4 minutes.  

§  Ammoniac (en référence à 3 i) : Les valeurs observées pour l’ammoniac sont très faibles.

 

§  Contaminations de l’air ambiant (en référence à 3 j) : Les vents dominants en provenance du sud-ouest ont un impact sur la dissémination des contaminants dans l’air ambiant.

 

§  Ozyde d’azote (en référence à 3 k) : Les valeurs observées pour les NOx sont très faibles.

 

§  HAPs (en référence à 3 k) : Les HAPs qui ont fait l’objet de l’analyse sont inconnus.

 

§  Poussières (en référence à 3 l) : Les mesures des poussières ont été faites pour quatre journées d’échantillonnage. Aucune donnée n’est disponible pour un échantillonnage sur une période de 24 heures, soit pour les poussières totales (PST) ou les poussières fines (PM2.5). On observe des fluctuations au niveau des moyennes calculées en fonction des différents jours d’échantillonnage.

 

§  Chloroforme (en référence à 3 m) : On observe des traces de chloroforme de façon sporadique dans l’air ambiant.

 

§  Aldéhydes (en référence à 3 n) : On observe des traces d’aldéhydes de façon sporadique dans l’air ambiant.

 

§  BTEX (en référence à 3 o) : Les analyses réalisées, à partir des échantillonneurs fixes (canister), ne montrent aucune contamination détectable pour les BTEX.

 

§  Odeurs (en référence à 3 p) : Les sources principales des odeurs soufrées proviennent de la fabrique de pâtes et papiers et du traitement des eaux usées.

 

Il est à noter que le traitement des eaux usées de la ville de Thurso est fait à même le traitement des eaux usées de la fabrique de pâtes et papiers.

             

IV-         NOTRE CONCLUSION

[14]           L’équipe du MDDELCC a déployé des moyens importants pour sa campagne d’échantillonnage visant à documenter les odeurs dans l’air ambiant de la ville de Thurso.

 

[15]           Le laboratoire d’analyse mobile, TAGA, a permis de documenter la présence de certains contaminants gazeux dans l’air ambiant et de caractériser chimiquement la présence des odeurs de type « soufrées », en provenance de la fabrique de pâtes et papiers et des bassins de traitement des eaux de Fortress (effluents) et des eaux usées de la municipalité de Thurso. Il est d’ailleurs étonnant de constater que les différents rapports émis par le MDDELCC ne fassent aucunement mention de cette dernière composante, soit le traitement des eaux usées des résidences de la municipalité de Thurso, sur le site de Fortress Cellulose Spécialisée (FCS).

 

[16]           Les résultats de l’échantillonnage réalisé à partir du TAGA ne peuvent être utilisés pour évaluer la conformité aux normes et critères provisoires du Règlement sur l’assainissement de l’atmosphère (RAA). À cet effet, il faut référer aux guides d’échantillonnage décrits dans le « Cahier 4 » du MDDELCC (Gouvernement du Québec, RAA, juin 2011).

 

[17]           Le rapport du MDDELCC nous permet de faire différents constats :

§  La fabrique de pâtes et papiers de Fortress constitue une source d’émission de produits soufrés tels le sulfure d’hydrogène (H2S), les sulfures réduits totaux (SRT) et le sulfure de diméthyle (DMS), caractérisés par une odeur âcre qui se dissipe en fonction des vents.

 

§  Les bassins de traitement des eaux usées (FCS et ville de Thurso) sont également une source d’émission caractérisée par une odeur âcre qui se dissipe en fonction des vents.

§  Les concentrations des produits soufrés mesurées lors de l’échantillonnage sont plus fortes à proximité des sources d’émission (fabrique et traitement des eaux usées) et s’atténuent en fonction de l’éloignement.

 

[18]           Les normes et critères québécois de la qualité de l’atmosphère pour le dioxyde de soufre (SO2), le sulfure d’hydrogène (H2S), les sulfurés réduits totaux (SRT) et le sulfure de diméthyle (DMS) constituent des valeurs limites pour une période de 4 minutes (tableau 10, p. 28). Ainsi, la période 4 minutes constitue l’intervalle de temps sur lequel le critère est basé (MDDELCC, 2015).

Les données des tableaux 3 et 4 constituent des valeurs moyennes en fonction de périodes d’échantillonnage variées et il n’y a aucun résultat pour les intervalles requis (4 min) pour se comparer aux normes ou critères provisoires. Tel que souligné par les auteurs du rapport du MDDELCC, on retrouve quelques « dépassements potentiels » des critères pour le DMS et les poussières totales, annotés en rouge dans les tableaux 3 et 4.

 

[19]           Il n’y a aucun « dépassement potentiel » pour le SO2, les SRT, l’ammoniac, les NOx et les HAPs, comme le souligne les auteurs du rapport du MDDELCC.

 

[20]           Pour le H2S, on signale quatre dépassements dans les valeurs moyennes pour des périodes d’échantillonnage diverses (33 min, 1 h 56 min, 27 min, 2 h 20 min). Tel que déjà noté, il est difficile d’apprécier la signification de ces dépassements en regard de la norme.

 

À cet égard, les « dépassements potentiels » seraient au-delà de la norme fixée afin de prévenir les désagréments dus aux odeurs (6 ug/m3 ou 4,3 ppb). Si on se réfère au critère santé (concentration sans effet nocif par inhalation), le critère proposé par le MDDELCC est plutôt de l’ordre de 70 ug/m3 (50,2 ppb) pour 4 minutes d’exposition. Ainsi, la valeur moyenne observée dans les quatre échantillons désignés (6 ppb, 7 ppb, 8 ppb, 8 ppb) est bien en deçà de la valeur proposée pour le critère santé.

 

[21]           Les organisations internationales telles l’United States - Environmental Protection Agency (U.S. EPA) et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont également établi des critères spécifiques pour le H2S, en fonction de différentes périodes d’exposition. Selon l’Environmental Protection Agency de la Californie (EPA-CAL), le seuil olfactif serait de l’ordre de 8,1 ppb. Afin de protéger les personnes de certains effets possiblement en lien avec l’exposition, soit des maux de tête et des nausées, l’EPA-CAL propose d’établir le seuil d’exposition pour une heure à 30 ppb (Exposure Level, California Ambient Air Quality Standard, EPA-CAL, 2008). Pour les effets chroniques, le critère a été établi à 8 ppb (Acute, 8-hour, and Chronic Reference Exposure Levels (RELs). EPA-CAL. 2013).

 

[22]           Selon l’OMS, la concentration la plus faible ayant induit des effets (irritation oculaire) serait de l’ordre de 107 ppb pour une exposition de 24 heures. L’OMS recommande une concentration inférieure à 5 ppb pour une période de 30 minutes afin d’éviter les désagréments liés aux odeurs (Air Quality Guidelines for Europe, OMS, 2000).

[23]           Dans son avis de mai 2015, la DSP de l’Outaouais, en référence aux résultats soumis par le MDDELCC dans son rapport du 21 mai 2015, soumettait cette conclusion quant à la présence d’odeurs :

« Ainsi, la présence d’odeurs liées aux émissions de l’usine pourrait notablement occasionner des signes et symptômes variés chez les personnes exposées. Toutefois, les concentrations actuelles de H2S ne représentent pas une menace à la santé » (DSP de l’Outaouais, mai 2015, p. 11).  [24] Fortress possède une station d’échantillonnage « en continu » pour la mesure du H2S et des SRT. Ainsi, des milliers de données sont disponibles afin d’apprécier la présence de ces contaminants, à toutes les périodes du jour, l’année durant. Ces données sont valides aux fins de l’application de la réglementation (RAA) et répondent aux exigences pour l’évaluation de la conformité environnementale. Le MDDELCC en fait d’ailleurs état dans son rapport d’avril 2015 (MDDELCC, avril 2015).

 

[25]           Les données colligées systématiquement par l’entreprise Fortress pour le H2S et les SRT sont valides et fort pertinentes pour l’évaluation du risque pour la santé publique. La DSP de l’Outaouais en fait d’ailleurs état dans son avis de mai 2015 (DSP de l’Outaouais, mai 2015).

 

[26]           Les données colligées suite à la campagne d’échantillonnage réalisée par le laboratoire TAGA, de juillet à septembre 2015, ont certes permis de documenter la problématique des odeurs de type « soufrés » dans la ville de Thurso. Il appert que les sources principales des odeurs sont la fabrique de pâtes et papiers et les bassins de traitement des eaux (effluents) de Fortress et ceux de la municipalité de Thurso (eaux usées), les bassins servant à la fois à l’entreprise et à la municipalité. Les niveaux détectés particulièrement pour le H2S par le laboratoire TAGA demeurent au niveau du seuil olfactif et sont bien en deçà des niveaux pouvant induire des problèmes de santé chez les personnes possiblement exposées selon les critères établis par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’United States - Environmental Protection Agency (U.S. EPA).

 

 

RÉFÉRENCES 

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California Environmental Protection (CAL-EPA). Acute, 8-Hour, and Chronic Reference Exposure Levels (RELs). Summary Table. Appendix B. October 2013, p. 1-10.

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Filer au-delà de la cellulose
afin de créer les besoins de demain.